Confort thermique d’été des bâtiments : anticiper la chaleur plutôt que la subir
Les vagues de chaleur se multiplient et s’intensifient sous l’effet du changement climatique. En France, plus de 60% des ménages ont souffert de la chaleur dans leur logement au cours du dernier été, et près de 5,2 millions de logements se transforment en véritables bouilloires énergétiques. D’ici 2050, les épisodes de canicule seront plus fréquents, plus longs et plus intenses.
Ces phénomènes ont un impact direct sur nos modes de vie : santé, conditions de travail, repos, mais aussi manière d’habiter et de concevoir les bâtiments. Dans les zones denses, la situation est aggravée par les îlots de chaleur urbains, qui accentuent la surchauffe et limitent le rafraîchissement nocturne.
Pour mieux comprendre ces enjeux, plusieurs experts partagent leurs constats et leurs expériences : Amaury, Franck, Vincent et Angélique. Très vite, les souvenirs personnels émergent : la canicule de 2003, des appartements plongés dans le noir pour conserver la fraîcheur, ou encore des logements parisiens sous les toits devenir invivables. Ce qui relevait autrefois de situations exceptionnelles est désormais une réalité structurelle. L’enjeu n’est plus ponctuel, il est systématique.
Confort d'été : un retard historique et culturel
Amaury rappelle un point clé : historiquement en Europe, le bâtiment a été pensé pour lutter contre le froid, pas contre la chaleur. Toute notre culture constructive s’est construite sur cette priorité.
Après la Seconde Guerre mondiale, lors de la reconstruction des années 1960, de nombreux bâtiments ont été conçus avec une isolation limitée. Les dysfonctionnements ont ensuite été corrigés par l’ajout de systèmes techniques, notamment de chauffage, puis de refroidissement, dans un contexte où le coût de l’énergie était faible.
Vincent complète cette lecture historique : pendant longtemps, l’objectif était de dominer la nature plutôt que de compenser avec elle. Le confort thermique n’était ni compris ni anticipé. Aujourd’hui, le confort d’été commence à être intégré en amont des projets, mais trop souvent, les thermiciens arrivent tardivement, une fois les choix architecturaux déjà figés.
Franck souligne que le sujet concerne tous les acteurs du bâtiment, mais que le manque de connaissances reste important. Le confort d’été demeure un thème relativement nouveau, qui nécessite une véritable acculturation pour devenir une exigence de conception à part entière.
Climatisation : une solution thermique par défaut ?
Angélique pose une question directe : la climatisation n’est-elle pas devenue la solution thermique quasi automatique face à la chaleur ?
Pour Vincent, le problème est clair : on a développé des réponses techniques pour contrer les effets, sans traiter les causes. Résultats : la climatisation s’impose comme une réponse universelle à la surchauffe des bâtiments, au prix d’une dépendance énergétique accrue.
La RE2020 joue néanmoins un rôle incitatif. Elle oblige les acteurs à se poser des questions et à explorer d’autres pistes que le simple recours au froid mécanique. Mais cette dynamique reste fragile.
Franck rappelle que sans impulsion forte du maître d’ouvrage, le sujet du confort d’été est souvent absent des échanges . Vincent insiste : architectes, thermiciens, AMO… tous sont concernés, mais les rôles restent cloisonnés. L’enjeu serait de passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats, avec une véritable responsabilité sociale.
RE2020 : un levier utile mais insuffisant
Amaury est critique : la réglementation permet de valider un niveau de conformité, mais elle peut être contournée. Elle ne constitue pas, à elle seule, une réponse suffisante aux problématiques de surchauffe du bâtiment.
Vincent adopte une position plus nuancée : sans la RE2020, le confort d’été ne serait probablement même pas abordé. La réglementation a au moins le mérite de mettre le sujet sur la table. À ceux qui souhaitent aller plus loin de s’en saisir réellement.
Franck souligne un point opérationnel : de nombreux bureaux d’études ne maîtrisent pas encore pleinement ces enjeux. D’où l’intérêt de faire appel à des structures comme MÉTIGA et HÉOLEM pour fiabiliser les calculs et objectiver le confort thermique. Vincent rappelle que la simulation énergétique est un métier jeune, avec des outils encore en évolution.
Des bâtiments neufs déjà en situation de surchauffe
Amaury alerte : la surchauffe des bâtiments est très peu intégrée dans les formations. Le confort d’été reste souvent réduit à un seuil réglementaire à ne pas dépasser, sans réflexion globale sur l’usage réel.
Les bâtiments neufs sont particulièrement préoccupants : grandes surfaces vitrées, protections solaires insuffisantes, absence de climatisation… et pourtant des espaces invivables une partie de l’année.
Vincent cite un exemple concret à Lyon : un bâtiment tertiaire récent a du être fermé temporairement tant les conditions de travail étaient devenues intenables en période de chaleur.
Adapter ou anticiper : un enjeu de coût et d'usage
Angélique interroge le coût : est-il plus onéreux d’adapter un bâtiment après coup que de bien le concevoir dès le départ ? Franck confirme que l’adaptation est souvent coûteuse, mais que la question ne peut pas être uniquement technique.
L’usage réel des bâtiments est déterminant. Former les occupants et simplifier le fonctionnement des dispositifs est indispensable. Vincent évoque un bâtiment « du futur » devenu inefficace simplement parce que personne ne savait l’utiliser correctement. La clé reste la sobriété et la lisibilité des solutions.
Panorama des solutions thermiques... et de leurs limites
Les échanges passent en revue plusieurs leviers d’adaptation climatique des bâtiments :
- Brasseurs d’air au plafond : solutions low-tech efficaces, mais parfois complexes à intégrer en tertiaire.
- Ventilation nocturne VMC : performantes si elles sont intégrées dès la conception
- Protections solaires fixes ou mobiles : efficaces à condition d’être bien utilisées ; l’automatisation peut aider.
- Systèmes adiabatiques : peu énergivores, mais posent la question du report de dépendance entre énergie et eau.
- Puits climatiques : pertinents surtout en maison individuelle.
- Végétalisation et arbres : solutions simples qui contribuent à limiter les îlots de chaleur urbains, sans être miraculeuses.
- Toitures blanches : intéressantes pour les grands volumes, parfois limitées par les règles d’urbanisme.
Le véritable sujet : le confort, pas uniquement la température
Amaury résume un point central : aujourd’hui, on garantit des températures, mais pas le confort. Or le confort thermique est multifactoriel : ventilation, rayonnement, humidité, bruit, usages… Réduire le confort à une valeur chiffrée est une impasse.
Angélique pose alors une question essentielle : sommes-nous prêts à faire évoluer nos modes de vie ? Accepter de transpirer, de travailler dans des espaces moins standardisés, de revoir certains codes professionnels ?
Vincent observe que ce changement d’habitudes est rarement envisagé. Amaury rappelle enfin un biais social fort : la majorité des bureaux sont climatisés, contrairement aux écoles. Le confort d’été devient ainsi un enjeu social autant qu’un enjeu technique.
Conclusion
Héolem a pour objectif d’accompagner les équipes de maîtrise d’ouvrage et de conception, d’objectiver le confort thermique d’été et d’aider à faire les bons choix dès les premières phases de projet.
Ces échanges montrent une évidence : face au changement climatique, le confort d’été n’est plus un sujet marginal. Il s’impose comme un enjeu technique, culturel, social et politique au coeur de l’adaptation climatique des bâtiments.